Atelier | Rencontre avec un urbaniste et un frère de Taizé.
Pour ce temps d’échange, les jeunes de Taizé et des belges étaient réunis pour réfléchir autour d’un sujet qui n’a pas souvent l’occasion d’être abordé : une cité de la paix, une ville idéale, est-ce possible, envisageable ? Nous avons accueilli Frère John de Taizé et le professeur Mauricio Tira, professeur d’urbanisme en Italie. La séance se déroulait en bilingue anglais/français avec des traducteurs par pays permettant à tous de comprendre le message.
Les grandes villes de la Bible
Frère John nous a parlé de diverses villes de la Bible et leur a attribué différentes fonction.
La première ville citée est celle créée par Caïn : ayant rompu la relation avec son frère et avec Dieu, Caïn est déraciné. Il se construit donc une ville pour se protéger. La ville est une forteresse. La seconde ville est celle de Sodome et Gomorrhe. Il s’agit d’une ville considérée négativement par les personnes, étant donné les meurtres et abus qui y ont été endurés. Certains pensèrent que Dieu condamnait la façon de vivre de la population.
Ensuite, vient Babel, ville où il faut être efficace, l’effort doit être récompensé et la concurrence y est rude. Ces trois villes sont créées pour protéger ses habitants d’un danger.
Nous avons ensuite la ville de Jérusalem, que l’on pourrait presque nommer « Cité de la paix » d’après une étymologie qui se rapproche de celle de Jérusalem « Shalom ». Jérusalem n’a pas été construite pour se protéger comme les trois villes précédentes, mais fut construite par Dieu, pour être en relation avec les hommes. Dans la ville, chacun vit comme frère et sœur. S’agissant d’un lieu de pèlerinage, les portes restent grandes ouvertes pour accueillir les personnes qui arrivent. D’ailleurs aujourd’hui, Bruxelles essaie d’être autant qu’elle peut, une ‘Jérusalem’ en accueillant les jeunes pèlerins de Taizé. Au début ce n’est pas facile d’accueillir l’autre, nous devons sortir de nos habitudes, mais la joie est tellement grande quand nos hôtes sont présents. Même si Jérusalem n’a pas toujours vécu sa vocation (elle est devenue la ville du mal ; on l’appellera ‘prostituée’), nous percevons que cette ville n’a pas la même fonction que les trois précédentes.
Vivre dans une agglomération
Le professeur Tira a ensuite abordé la question de l’urbanisation. Plus de la moitié de la population mondiale vit désormais dans les villes. Même si ce ne sont pas toujours dans les grandes villes que chacun habite, nous sentons que les habitants cherchent à s’installer dans les agglomérations à proximité de celles-ci, là où se trouve aussi une partie des richesses.
Dans les grandes villes, même si les maisons sont très proches, deux types d’exclusion sont à noter : l’exclusion physique étant donné l’éloignement de certains quartiers qu’il est difficile de réunir et de se faire rencontrer, et l’exclusion sociale : au sein d’un même quartier, les voisins ne se connaissent pas entre eux, même s’ils habitent à quelques maisons l’un de l’autre.
Pour éviter cette exclusion, certains architectes ont tenté de faire vivre un grand nombre de personnes à proximité dans un environnement agréable. Ce beau défi est toujours d’actualité, car il n’a malheureusement pas encore abouti à un projet satisfaisant.
Des tentatives ont été menées pour créer des environnements urbains agréables, pour que chacun puisse y vivre en paix. Certains lieux publics conviviaux ont été mis en place (des parcs aérés, des lieux communautaires où l’on sait qu’on sera bienvenu, peu importe son statut social, des maisons communautaires avec un espace vital assez important pour avoir un minimum d’intimité tout en étant proche de son voisin pour faire sa connaissance).
A la recherche de la ville idéale
Ces architectes réfléchissaient à la création de la ville idéale. Quelle était-elle et comment la mettre en place ? Différentes solutions, en fonction des époques ont été envisagées (à la Renaissance, le cercle était symbole de perfection et d’harmonie, c’est pourquoi les villes étaient construites de cette forme, à Barcelone, les fidèles ont participé à la construction de l’église grâce à leurs offrandes), mais aucune de ces solutions n’est évidente, car il faut également tenir compte des particularités de chaque génération : les enfants qui ont besoin de sécurité, les personnes plus âgées avec une mobilité réduite qui doivent pouvoir se mouvoir aisément, ou les personnes étrangères qui ont des difficultés à s’intégrer dans une ville sans lieu de rencontre et d’espace commun où chacun se mélange.
Temps d'échange en petits groupes : la diversité dans nos villes
Nous nous sommes ensuite réunis en petits groupes afin d’échanger sur cette question de la diversité présente dans nos villes ainsi que des tensions et des conflits qui y naissent. Après ces partages enrichissants, une mise en commun globale fut organisée, permettant à chacun d’exposer les réflexions partagées peu avant. Diverses pistes ont été émises telles que :
- intégrer davantage les différentes tranches de population en aménageant les lieux publics en fonction
- faut-il agrandir les villes (car il manque de nombreux logements) ou les aménager plus optimalement (par exemple en rapprochant le lieu de travail et le lieu d’habitation afin d’y retourner plus rapidement le soir et de pouvoir rencontrer ses voisins – parfois des personnes âgées qui ne peuvent sortir de chez elle la journée)
- mettre en place des activités fédératrices de partage et de rencontres multi-culturelles (marchés matinaux, groupes sportifs, maisons communautaires, etc).
En conclusion, nous pouvons dire qu’une ville idéale n’a pas encore pu être mise en place, mais que nous essayons chaque jour de nous en rapprocher un peu plus grâce à toutes ces nouvelles initiatives mises en place. Nous pouvons tous – à notre mesure - participer à la création de cette magnifique ville. Je vous laisse le soin de réfléchir à d’autres pistes qui pourraient faire de Bruxelles une ‘Cité de la paix’.
Aurélie Cauwe
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