Nivelles | Chronique Nivelloise
Quand les Frères de Taizé nous ont fixé leur objectif d'accueil pour nos paroisses nivelloises à 450 jeunes accueillis, nous avons eu comme un premier frisson… Mais quand notre Doyen, le Père Jean-Claude Ponette a surenchéri en disant : "au moins 500 !", là nous avons eu un deuxième et intense frisson ! 500 fois 2m2, cela faisait 1.000 mètres carrés. Et la consigne était : pas de logements collectifs !
Alors, le petit duo de bénévoles du début, porté par cette confiance nourrie de l'esprit de Taizé, s'est vite transformé en une équipe d'une dizaine de volontaires bientôt rejointe par d'autres en cours de route. Au terme de la préparation, à l'approche de ce fameux et inoubliable lundi 29 décembre, c'est une bonne trentaine de nivellois-es qui étaient à la manoeuvre ! Une première équipe en charge de “l'Accueil-logements”, une deuxième assurant une importante logistique, une autre “prières et groupes de partage”, et une quatrième assurant la responsabilité de la “Fête des Peuples”, les prêtres et notre assistant paroissial coordonnant l’ensemble.
Inoubliable lundi 29 décembre !
Même si nous avions tout pensé, tout prévu, tout imaginé pour cet accueil et inscriptions des jeunes accueillis, il nous était impossible de savoir ce qu'accueillir plus de 450 jeunes ferait surgir comme inattendus ! Le plus inoubliable sans doute, le plus riche aussi fut de vivre ce jour-là, de 08h30 jusqu'à 23 heures l'accueil de ces jeunes venus de Pologne (180), d'Ukraine, de Slovénie, de Lituanie, du Portugal, du Canada, de Bièlorussie, de Hollande (1), … Rien à voir avec une médiocre tour de Babel, mais plutôt un riche entrelacement de langues, de visages, de sourires, de demandes en tous genres, d'embrassades et d'attentes diverses.
Un patchwork humain gravé dans nos mémoires : nos bénévoles, cruche de café et de thé à la main, retraitées nivelloises apportant, encore et encore, tartes et pâtisseries diverses, familles éloignées du centre ville, venues en voiture pour emporter leurs hôtes, souvent chiffonnés par la fatigue de leur voyage – plus de 3 jours et 2 nuits pour les Ukrainiens ! – Quelle invasion affectueuse où générations, cultures, classes sociales et appartenances religieuses et linguistiques ont tissé une incroyable toile fraternelle ! Si nos quotidiens professionnels, dans les trains, les métros, les bus et les tramways, dans nos bureaux aussi, pouvaient être colorés par cette Rencontre du 29 décembre ! Que la Terre serait Lumière !
Quelle découverte !
Et puis, les jours suivants, quelle joie de retrouver les familles accueillantes venues à la prière avec leurs jeunes "étrangers". Cette Communion vivante, inter-générationnelle, priant à travers les chants, dans une Collégiale habillée des oranges, des boisseaux et des bougies à la façon de Taizé, a bouleversé le coeur de plus d'un-e Nivellois-e ! Une telle Communion est donc possible ? Avec un tel recueillement, une telle beauté des chants, une telle qualité de la méditation silencieuse ? Quelle découverte pour beaucoup ! Quelle ouverture des coeurs ! Quelle chaleur nous envahissait alors, nous, les bénévoles ! Oubliées les fatigues de la préparation, oubliées les inquiétudes, les incertitudes ! Nous avons découvert, qu'à travers nos petites idées, nos mains-à-la-pâte, nos démarches en tous sens, l'Esprit-Saint s'était taillé un chemin ! Par nous, avec nous et avec tous, Jésus-le-Christ a suscité des cheminements d'hommes et de femmes, et les a conduits dans nos demeures ! Sans violence, sans rien imposer, sans rien "devoir", … une vraie Invitation à nous découvrir, à nous apprécier, à nous estimer, à nous aimer !
Revivre le sens de la communauté
Aujourd'hui, à Nivelles, des hommes et des femmes, des jeunes et des aînés se sont souris, se sont salués, se sont parlés. Et dire que jusqu'alors, respectueusement, ils se croisaient sans se déranger, sans se parler, par pudeur le plus souvent.
Ceux-ci et celles-ci ont découvert qu'ils et elles font communauté. Et sans doute le mot Eglise pourra-t-il refaire sens autour de nos prêtres et assistants paroissiaux. Comme une énergie nouvelle s'est dévoilée, a surgi même au coeur de cette communauté. L'homme a découvert que la Recontre, toute simple, risquée, audacieuse, mais confiante conduit au meilleur de soi. Et ce meilleur de soi ne se découvre pas sans déranger nos habitudes. Et là, y'a pas à dire, mais il y a en eu des déménagements, à tous niveaux : paroisses, maisons, mentalités, opinions, déplacements, repas, horaires, etc…
Remplir la Collégiale un 31 décembre
Vous vous figuriez, vous Nivellois, remplir, envahir même, la Collégiale un 31 décembre… de … 23 heures à minuit pour célébrer la Paix ? Fantastique, incroyable, majestueuse et merveilleuse célébration, en langues que celle-là ! Quel recueillement, quelle intense participation aux chants et aux moments de silence ! Beaucoup, c'est certain, ont pensé : 'la vie a vraiment un sens, et celui-ci est fort, riche et beau !".
Puis, à minuit, tant d'embrassades sous le carillonnement joyeux des cloches de la Collégiale ! Et s'en suivit une vraie explosion de danses, assez forte pour briser les froidures de cette nuit de l'An neuf ! Nous n'avions jamais vu la Grand-Place réunissant ainsi jeunes et aînés, tâtonnant en idiomes approximatifs des "Happy New Year, - Bonne Année - Szcz´Êliwego nowego roku, - Feliz ano novo, - Un an nou fericit, etc…". Que de belles farandoles portées par les musiques slaves et de rires suscités par les chansons modernes de nos Stars-Ac …
Un nouveau chemin de vie
Ce vendredi 2 janvier, 11 heures, après une prière du matin, plus fervente encore sans doute, plus sensible aussi dans le coeur des participants, hôtes et jeunes, c'est sur les quais de la gare que chacune et chacun, assurément, a clairement ressenti qu'il ne s'agissait là en rien d'une fin ! Dans les accolades d'adieu, dans les sourires échangés, dans les émotions contrôlées, pointait clairement une évidence toute taizéenne : c'est un nouveau chemin de vie qui s'ouvre à toutes ces familles accueillantes, à tous ces bénévoles, à l'ensemble de nos paroisses nivelloises. Quelque chose de pesant dans nos habitudes a été ébranlé, dans la tendresse et la fraternité. Il y a en nous, comme une impériosité au changement et à la réconciliation. Chercher et ouvrir des chemins nouveaux, "désensabler la source" comme le dit si bien Frère Aloïs. Il y a cette conviction, nouvelle sans doute, qu'ensemble, c'est possible ! Avec et au-delà de ce chacun-e est comme Homme et Femme.
Notre gratitude est immense envers la Communauté des Frères de Taizé et leur équipe de Permanents-bénévoles. Ils ont rendu sensible, ou du moins ils ont rafraîchi au coeur de chacun cette conviction que nous sommes aimés, nous les Enfants de Dieu !
Taizé-Nivelles – 03 janvier 2009 – Jean-Claude Debaix.
Voir article précédent :Taizé : Fr Aloïs rend grâce pour la rencontre de Bruxelles